Chapitre troisième
Il ne pleut presque plus maintenant. Je grimpe péniblement la côte qui mène chez moi. Enfin là où j'habite. Je n'ai pas de chez moi. Chez moi c'est dans les pages d'un livre, au bout de mon crayon, mais pas ici. Une fois en haut Je contemple l'horizon. Un arc en ciel surplombe la mer d'argent. Sans détacher mon regard de ce spectacle si étrange, j'ouvre le lourd portail noir de la maison. Il faudra bien rentrer tôt ou tard. La mort dans l'âme je pénètre dans l'allée. Aussitôt, le vent souffle, Les gonds de la lourde porte gémissent et elle se referme avec fracas, telle la porte d'une prison. Je frissonne cette barrière noire me paraît parfois douée de vie. Je grogne silencieusement et recommence à marcher. Le soleil mourant se reflète dans chacune des gouttes de pluie. Des couleurs scintillantes illuminent la verdure, couverte d'une multitude d'astres.
Je balance mon sac sur la terrasse et j'enjambe la barrière. Pas l'ombre d'un chat. J'avance sous le perron jusque sous ma fenêtre. Toujours personne. Je tire sur le volet, il s'entrebâille comme prévu. J'empoigne mon sac et le pose à l'intérieur de ma chambre. Puis je me hisse sur le rebord de ma fenêtre. La porte s'ouvre en claquant. Je sursaute et atterrit lourdement à l'intérieur mes chaussures boueuses dérapent sur le carrelage. Je perds l'équilibre et me retrouve par terre assise sur mon sac.
Ma mère me regarde, les poings sur les hanches, les yeux durs. Je souffle intérieurement. Je vais y avoir droit, une fois de plus.
- Le principal a appelé tout à l'heure. Quand respecteras-tu enfin tes ainés ?
Je ne réponds pas. Ce n'est pas l'envie qui m'en manque pourtant. Et puis zut ! Ne faisons pas les choses à moitié. Je suis dans les ennuis jusqu'au cou alors un de plus ou un de moins...
-Quand ils me respecteront. Dis-je dans un souffle.
Maman semble avoir été giflée par ma réponse. Sa paupière gauche se contracte frénétiquement. Ce tic si particulier est signe d'intense colère. Le mal est fait.
-Qu'est-ce que je vais faire de toi ? Regarde! Tu ne respectes rien! Ce n'est tout de même pas difficile de ne pas se faire renvoyer de cours! Mais à Toi ça t'arrives tous les jours, c'est à croire que tu le fais exprès ! Si ce n'était que ça ! Tu ne passes même pas par la porte pour rentrer chez toi ! Et pourquoi rentres-tu si tard ? Tu as tout ce qu'il te faut...
Sa voix se perd ; je n'écoute plus. C'est encore une description de la maison et de tout ce qui s'y trouve.
-Je t'offre ce qu'il y a de mieux ! tu ne peux pas imaginer...
Imaginer quoi ? Je n'ai jamais rien demandé. C'est ridicule. Oui la maison est spacieuse. Oui nous avons un jardin Oui je suis consciente que tout le monde n'a pas accès à tout ça. J'acquiesce chacune de ses phrases avec nonchalance. Car derrière ce paradis se cache un véritable enfer.